News Brief

Dookoom Montre la Dure Realité Brute des Ghettos Sud-Africains dans 'You Don't Exist'

DOOKOOM est un groupe sud-africain connu pour son son éclectique, ainsi que son image, avec des morceaux qui se placent quelque part entre l’afro punk, le hip-hop industriel et le Noise Rap. Le groupe vient juste de lancer une nouvelle vidéo pour son dernier single, "You Don’t Exist", sorti sur l’album No!.

Le groupe n'est certainement pas en reste quant il s’agit de s’attaquer à ce qu'ils considèrent comme les problèmes urgents que connait l’Afrique du Sud, déchirant les lentilles teintées de rose d'un idéal utopique de la nation post-apartheid. Leur nouvelle vidéo est à la hauteur de ce récit, nous emmenant dans un voyage qui retourne étrangement les tripes dans ce que DOOKOOM désigne comme «le ghetto», plus précisément, Heinz Park dans la région de Cape Flats au Cap.

Le Cape Flats, une région basse située au sud-est du centre-ville du Cap, est devenu synonyme de lieu d’entassement pour les «non-blancs», et ce à la suite des politiques de ségrégation raciale imposées par l'ancien gouvernement de l'apartheid à partir des années 1950. Des décennies de politiques brutales et déshumanisantes de l'ancienne administration ont construit un environnement sévère et impitoyable qui a entraîné de graves problèmes d'usage de drogue, de criminalité et de violence entre gangs - un héritage qui perdure encore aujourd’hui.

Maintenant, vingt trois ans après l'effondrement de l'apartheid, DOOKOOM nous emmène dans ce lieu qui met incroyablement mal à l'aise que l'administration démocratique actuelle a oublié. J'ai eu la chance de rencontrer le groupe avant la sortie de leur nouvelle vidéo.

Isaac Mutant Courtesy of DOOKOOM.

Comment vous est venu l'idée du morceau et de la vidéo "You Don’t Exist"? Pouvez-vous nous parler du processus artistique?

Isaac Mutant: Depuis que c’est tendance de se la jouer Gangsta dans le monde du rap, certains tentent d'illustrer la chose de manière vraiment ridicule. Pour nous le processus était facile. J'ai dit à mes potes de prendre un verre et d'ignorer la caméra. Ensuite, j'ai dit au gars de la caméra de tout filmer. Tout ce qu’un gars de couleur fait est est Gangsta.

spo0ky: Au départ, nous avions une idée de direction, mais tout cela a évolué plus vers un documentaire qu’un clip vidéo. Clinton Theron, le cinéaste, a passé un weekend avec Isaac Mutant dans « Heinz Park », ghetto où vivait Isaac. Ils ont juste bouger avec les potes d'Isaac. Comme toujours, les choses sont imprévisibles là-bas et Clinton a filmé ce qui se passait autour de lui.

Human Waste: Nous voulions juste montrer une journée ordinaire dans Heinz Park.

Dans cette nouvelle vidéo, vous avez choisi de tourner dans Heinz Park, une zone située dans ce que l’on nomme « Cape Flats ». Quelle est l'importance de cette zone pour chacun des membres de DOOKOOM?

Isaac Mutant: Le gens de Heinz Park ont pris soin de moi quand j'étais sans abris.

spo0ky: Lorsque j'ai montré 'You Don’t Exist' à une amie en Belgique, elle a été interpellée par le coté cru de la vidéo, la dureté et l'obscurité des images. Elle pensait que la vidéo était planifiée ainsi. Quand je lui ai expliqué que c'était la situation quotidienne de beaucoup de gens en Afrique du Sud, elle était vraiment choquée. Heinz Park rappelle constamment les conséquences du colonialisme, du privilège blanc et du capitalisme.

POTTS: Pour moi, c'est proche de là ouù j’ai grandi, un lieu appelé Strandfontein, tout près de Mitchells Plain. Heinz Park est une banlieue que la plupart des gens de Cape Town oublient (Geez, je ne pense même pas que les gens «riches» de Cape Town savent que ça existe!?). Le niveau de pauvreté est élevé, c'est pourquoi la plupart des gens doivent recourir à des activités parallèles et criminelles juste pour s’en sortir.

Pour faire suite à ma question concernant l'importance de Heinz park. Quelle est la relation de DOOKOOM avec les quartiers de Cape Flats et que vous décrivez comme «le ghetto»? Et combien de temps passez-vous dans le «ghetto»?

Isaac Mutant: J’ai grandi dans le ghetto. Je suis encore dans le ghetto. J'essaie de rester en vie dans le ghetto. En fait, je cherchais de l'argent pour manger ce soir alors que je réponds à ces questions. Personne en a rien à foutre du ghetto, et d’ailleurs personnes n’en à jamais rien eu à foutre… Du coup Le ghetto devient donc sauvage et emmerde tous le monde en retour… Je vis d’ailleurs également à travers de cette devise.

spo0ky: Outre le fait qu’Isaac vient du ghetto, pour le groupe c'est aussi une manière de parler de ceux qui sont opprimés, qui ne sont pas entendus, qui n’ont pas ou plus de sentiment d’appartenance… L'Histoire est racontée du point de vue du vainqueur, parfois l'histoire doit être racontée de l'autre côté.

POTTS: J'ai été élevé dans le Cape Flats, je suis considéré comme un quelqu’un de couleur, bon, un à la peau claire hahah !! La plupart des membres de ma famille viennent également de Cape Flats. Je me retrouve donc bien souvent toujours dans le soi-disant ghetto car c’est de là que la plupart des gens que je connais viennent.

Dans l'introduction de la vidéo, vous communiquez au public des informations à l'aide de sous-titres. Vous décrivez les problèmes de drogue et de criminalité comme un moyen d'échapper à la pauvreté et continuez à dire que le gouvernement indique indirectement aux gens du ghetto «vous n'existez pas». Vingt-trois ans depuis les premières élections démocratiques en Afrique du Sud, selon vous, qu’est-ce que le gouvernement a fait pour améliorer les Cape Flats?

Isaac Mutant: Rien

spo0ky: Choisiriez-vous de vivre dans le ghetto ?

Human Waste: Il est difficile de voir du changement. Les communautés de Cape Flats sont encore ravagées par la drogue, l'alcool et la violence. La culture des gangs est encore répandue et les gamins sont au mieux régulièrement traumatisés ou au pire tués sur le chemin de l’école, ou à l’école même… Donc il est très facile de penser que le gouvernement a oublié le Cape Flats.

Courtesy of DOOKOOM.

 

J'ai lu dans une précédente interview que DOOKOOM se décrit comme une «version pervertie de la nation arc-en-ciel». Pouvez-vous expliquer à notre public ce que cela signifie et comment votre chanson "You Don’t Exist" reflète-t-elle cela ?

spo0ky: La «nation arc-en-ciel», le slogan de l'Afrique du Sud, est un mythe. Un mythe de marketing. Choisissons le bien-être des gens plutôt que le profit.

Human Waste: La nation arc-en-ciel n'existe pas. C'était un mensonge vendu à ceux qui n’avait et n’ont rien pour les garder sous la coupe d’un faux espoir. Le fait qu'il y ait encore beaucoup d'endroits comme Heinz Park le prouve.

Le récit de cette chanson prends ses racines dans les ghettos du Cape Flats. Quelle est votre perspective sur les ghettos d'autres régions du pays? Êtes-vous en contact avec d'autres artistes qui ont des messages similaires?

Isaac Mutant: Je suis en contact avec des gens de partout dans le pays qui sont issus du ghetto. C’est partout la même chose. Le riche devient plus riche, le pauvre devient plus pauvre. Encore plus récemment. C'est comme si la classe moyenne disparaissait. Soit vous êtes super-riche ou super-pauvre. Bien sûr, le riche a besoin de serviteurs, alors quel serait le but de la classe moyenne ? Pour un artiste, cela est encore plus frustrant, car vous criez, mais personne ne vous écoute. Du coup tu penses certaines choses comme « fait chier toute cette merde » , et puis tu attrapes un couteau… pour braquer un enfoiré de blanc riche parce que tu dois manger.

Vous avez contrarié pas mal de monde à l'échelle nationale en Afrique du Sud et avez même été accusés d’incitation à la haine par Afriforum avec la sortie du morceau et de la vidéo "Larney Jou Poes", morceau qui faisait écho à la rage noire entretenue par des siècles d'exploitation des travailleurs agricoles noirs par les agriculteurs blancs du Cap occidental. J'entends et sens dans « You Don’t Exist » une intensité et une rage semblable à des décennies d'injustice. Quelle sorte de réponse attendez-vous de cette nouvelle vidéo?

Isaac Mutant: Personnellement, j'ai été stupéfait des réactions autour de Larney. Je ne pouvais pas croire que les gens étaient choqués par la vérité. J'ai donc appris à m'attendre à tout, surtout venant de l'Afrique du Sud blanche, confortable et sensible. Mon opinion là-dessus est "vous construisez le zoo, maintenant promenez-vous dedans et imaginez que les cages soient ouvertes ».

spo0ky: La paix mondiale… Mais sérieusement, commençons simplement en admettant l’existence de la personne juste à côté de nous. Et la suivante…

Human Waste: Larney n'est devenu qu'une grosse affaire parce qu’AfriForum a décidé d'essayer de nous faire taire et l'a transformé en un grand spectacle médiatique. Il est généralement assez facile pour les gens d'ignorer les voix de la rébellion en colère. Je suis sûre que cette vidéo glissera silencieusement sous les radars car elle montre ce que les Blancs ne veulent pas voir. Nous ne sommes pas Die Antwoord, qui produisent de l'art facile, superficiel et au fini lustré hors de la pauvreté et de la souffrance. Les Blancs se sentent à l'aise car cela rend le ghetto comme quelque chose de sympa et cool. Nous montrons la réalité, ce qui est difficile à confronter. Les Blancs préfèrent plutôt prétendre que cette vie n'existe pas. Il est plus facile de dormir la nuit de cette façon, je suppose.

Quoi de neuf à venir pour Dookoom ? Un petit scoop pour vos fans ?

spo0ky: Nous avons été un peu plus silencieux que d'habitude récemment parce que nous étions en train de travailler sur notre nouvel album, RIFFAK. Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que c'est notre meilleur projet à ce jour. L'album sortira en mars 2018 sur I.O.T. Records.

Quelques vidéos à venir également sur les titres 'The Worst Thing' et 'Electric » en octobre et novembre 2017.

Nous sommes super excités de terminer 2017 avec un concert au festival Afropunk à Johannesburg pour le Nouvel An. Et pour tous nos amis en Europe, nous avons une tournée prévue début 2018.

Interview
Image: Courtesy TIFF

Jenna Cato Bass is Capturing the Horrors of an Unhealed Nation

The film marks the South African director's third debut and stride towards making a name for herself in the international film circuit.

Ever since premiering her debut film, Love the One You Love, which won the Best Feature Film at the Jozi Festival in 2015, Jenna Cato Bass has been a name to watch on the international film festival circuit. Her 2017 feature, High Fantasy, was the first of her films to land on the Toronto International Film Festival (TIFF) lineup, followed by Flatland in 2019. Her latest offering, Mlungu Wam (Good Madam), debuted at TIFF in September of 2021 — marking her third time at the esteemed Canadian film event.

Often provocative, always thought-provoking, Bass' films have come to establish her as a director who looks at South Africa's youth, the lives they're living and the future that awaits them, with a nuanced, open-minded lens. For the first time in her career, Bass uses the genre of horror to dig into an enduring mark of the country's past — that of the fraught, complex relationship between madam and domestic worker, in Mlungu Wam (Good Madam). Set in Cape Town, the film follows the unusual, disturbing things that start happening when a young woman moves back in with her estranged mother, who is the longtime caretaker for a rich, white household.

Bass also co-wrote the film Tug of War (Vuta N'Kuvute), which became Tanzania's first film to be selected for TIFF this year, and she co-wrote Rafiki, which was Kenya's first film at TIFF in 2018.

She spoke to OkayAfrica about playing in a new genre and her hopes for African cinema.

Still from Bass's film Mlungu Wam Image: Courtesy TIFF


This story revolves around the relationship between a domestic worker and her 'madam.' What made you want to make a film about this subject?

When I make films, I like the concept to revolve around something that we all have in common - because, despite the many fractures in our society, these shared places exist. And in South Africa, we felt that everyone - in some way or another - has been deeply affected by domestic work and domestic workers, who are a keystone in our society's structure. Additionally, the 'maid' and 'madam' relationship is the ultimate symbol of race relations in South Africa - as well as how they haven't changed significantly, despite almost thirty years of democracy. So a domestic worker was the perfect character around which to centre a South African horror.

The genre of horror works really well to explore this subject and tell this story — when did you know it would be the genre you'd want to use?

The early stages of developing a film aren't always linear for me. I'll be thinking about a genre I'm interested in, and then parallel to that I'll have an idea for a story or a character, and later on, will realize that these pieces all fit together. In this case, I'd been wanting to make a horror film for ages, but hadn't found the right story… until I had the idea for Mlungu Wam, and I realized I was finally ready to try this genre.

What challenges did you face in making a horror?

It was my first time working in this genre, and it was intimidating because there's no saving you if you fail. We were also working on a very, very limited budget, so it wasn't possible to show as much as we'd like to - but then again, this story was all about the subjective and the unseen, so I did as much research and planning as we could, and just had to trust it would work.

Where did you film, and did that have any impact on the process at all?

We filmed in a house in Cape Town, in a gated community in the Southern Suburbs. The house and the environment had a major impact on the film - especially because we were also quarantining there for the full 7 weeks of rehearsal and shooting. The house was our set and our accommodation, so it was very intense, very claustrophobic, and very triggering for many of our team members.

How did you and co-writer Babalwa Baartman work on the story? You've included cast members in the writing process in your previous work — did you do that here too?

Mlungu Wam was made along similar lines to my first two films, Love The One You Love and High Fantasy, where we started with an outline, cast actors, then workshopped the characters collaboratively before completing the story breakdown and using improv for the dialogue. Babalwa and I had worked together using this method on a short film we made in 2019 called Sizohlala. She really understands the process, and it was a really rewarding experience exploring the story with her and our cast.

How did Kristina Ceyton, who produced the excellent acclaimed horrors The Babadook and The Nightingale, through Causeway Films, come to be involved in this film?

I had met Sam Jennings, who is also a producer with Causeway Films, several years ago at a festival. We really connected and kept in touch over the years, sharing our work, and hoping there'd be a chance to collaborate. So when we were developing Mlungu Wam, I pitched her and Kristina the concept and they were immediately supportive. It has been a massive pleasure working with them both.

Your films are known to venture into themes of identity and healing from the past — how does this film speak to that?

Mlungu Wam is definitely about this too - it's a story about three generations of women (actually four, if you include Tsidi's grandmother, who is an unseen character in the film), how they are haunted by the past and eventually refuse to remain chained any longer. Their healing is collective, linked to each other, and wouldn't be possible for them alone as individuals.

Still from Bass's film Mlungu Wam Image: Courtesy TIFF


You've been at TIFF before - how has your experience of it been this year, with it being a hybrid of virtual and in-person?

Things have been quieter and a bit harder to navigate, but the TIFF staff have done incredible work getting the festival off the ground, despite endless challenges. It has felt very surreal to be here, and a privilege - and inspiring too, that we can still get together to celebrate films, even though our world is in such a mess. We had over 200 (socially distanced) people at our last screening, and that was an amazing feeling.

Yours is one of few African films on this year's line-up - is there anything you'd like to see happen to try improve that?

Regarding African cinema, TIFF has a real range of films this year, across several sections. Compared to many other festivals, they seem really invested in supporting cinema from the continent. Of course, this could be better, but it's also an example to other festivals who claim there aren't enough African films, that this is clearly not the case.

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